Nous vous souhaitons une très bonne et heureuse fête de l’Aïd Al-Adha
ʿÎd al-Aḍḥā
L’Islam a deux grandes fêtes religieuses : ʿÎd al-Fiṭr, qui marque la fin du mois de Ramadan, et ʿÎd al-Aḍḥā (la fête du Sacrifice), célébrée le 10 Dhū l-Ḥijja, dernier mois du calendrier musulman. Cette seconde fête rappelle l’une des grandes épreuves du Prophète Ibrâhîm et l’exemple extraordinaire de soumission à Dieu donné par lui et son fils.
Le Qour’an rapporte que le Prophète Ibrâhîm vit en rêve qu’il sacrifiait son fils et, lorsqu’il lui en parla, celui-ci répondit : « Ô mon père, fais ce qui t’est commandé : tu me trouveras, si Allah le veut, parmi les patients. »
Puis, lorsque tous deux se furent soumis à la volonté divine et que le Prophète Ibrâhîm s’apprêta à accomplir ce qui lui avait été demandé, Dieu lui annonça qu’il avait accompli la vision et racheta son fils par une grande offrande. Le récit se trouve dans la sourate Aṣ-Ṣāffāt, 37:102-107.
Certaines traditions rapportent également que le Prophète Ibrâhîm fut confronté à Satan lorsqu’il se rendait au sacrifice et qu’il le repoussa en lui lançant des pierres. Cette tradition a été mise en relation avec le rite de la lapidation des stèles pendant le pèlerinage (Hajj).
En souvenir de cette épreuve et conformément à la tradition prophétique, le musulman qui en possède les moyens accomplit l’uḍ’ḥiya, le sacrifice de l’Aïd, car c’est avant tout un acte d’adoration, d’obéissance et de piété.
Dans le fiqh malikite, l’uḍ’ḥiya est une pratique fortement recommandée pour celui qui en a la capacité, mais celui qui n’en possède pas les moyens n’a pas à se mettre en difficulté pour l’accomplir. À plus forte raison, il serait contraire à l’esprit même de cet acte de rechercher une pratique recommandée en commettant par ailleurs un interdit tel que le ribā.
Le Qour’an rappelle d’ailleurs que le véritable objet du sacrifice n’est ni la chair ni le sang : « Ni leurs chairs ni leurs sangs n’atteindront Allah ; mais ce qui L’atteint de votre part, c’est la piété. » Qour’an, sourate al-Ḥajj, 22:37.
Dans le Muwaṭṭaʾ, l’Imam Mālik distingue le fait qu’un homme possède lui-même la bête et associe les membres de sa maison à son sacrifice du fait que plusieurs personnes achètent ensemble la bête en apportant chacune une partie de son prix.
Al-Bājī précise ensuite dans al-Muntaqā que l’on peut faire entrer dans la récompense de son sacrifice les membres concernés de son foyer et rapporte trois critères : la prise en charge financière, la cohabitation et la parenté.
Il faut donc distinguer :
- la participation de plusieurs personnes au prix de la bête ;
- l’association des membres du foyer à la récompense d’une uḍḥiya possédée par une seule personne.
Le principe général établi par la Sunna est clair : l’uḍ’ḥiya ne doit pas être accomplie avant la prière de l’Aïd.
Al-Barāʾ rapporte que le Prophète ﷺ enseigna que celui qui avait égorgé avant la prière et la khuṭba de l’Aïd n’avait fait qu’offrir de la viande à sa famille, tandis que celui qui égorgeait après la prière accomplissait le sacrifice conformément à la Sunna.
Le madh’hab malikite apporte une précision supplémentaire : selon la formulation classique rapportée notamment par al-Dasūqī, le temps de l’uḍ’ḥiya, le premier jour, commence après que l’imâm a sacrifié sa bête ; si celui-ci ne sacrifie pas, on prend en considération le temps normalement nécessaire à cela. L’imâm lui-même sacrifie après la prière et la khuṭba. Cette règle particulière explique pourquoi certains anciens textes malikites disent qu’il faut attendre le sacrifice de l’imâm.
Selon l’avis de l’Imam Mālik et de l’Imam Al-Qarāfī, les jours du sacrifice sont trois : le 10, le 11 et le 12 Dhū l-Ḥijja. Le temps prend donc fin, selon cet avis, au coucher du soleil du 12 Dhū l-Ḥijja.
Dans l’avis célèbre du madhhab malikite, l’immolation de l’uḍ’ḥiya doit avoir lieu pendant la journée et non pendant la nuit.
La Mudawwana rapporte de l’Imam Mālik que les sacrifices ne sont effectués que pendant les jours du sacrifice, de jour, et non durant la nuit.
Ibn Rushd rapporte également, dans Bidāyat al-Mujtahid, l’avis de l’Imam Mālik interdisant de sacrifier pendant les nuits comprises entre les jours du sacrifice, tout en mentionnant l’existence d’autres avis chez les juristes.
Il est recommandé, et non obligatoire, que celui qui possède l’uḍ’ḥiya procède lui-même à l’immolation lorsqu’il en est capable, conformément à l’exemple prophétique. Mais le fiqh malikite accepte parfaitement la possibilité de mandater une autre personne.
Al-Qarāfī écrit dans al-Dhakhīra que l’accomplissement personnel est recommandé ; à défaut, on mandate quelqu’un de religion et de confiance. Il rapporte également le cas où un fils ou un membre du foyer égorge la bête pour éviter cette charge à son propriétaire.
En revanche, le recours à un kitābī pour accomplir l’uḍ’ḥiya soulève un problème particulier : selon le texte malikite cité par al-Qarāfī, le sacrifice fait par un kitābī ne remplit pas les conditions rituelles de l’uḍ’ḥiya. Il faut donc distinguer deux questions : la licéité de la viande et la validité de l’acte en tant qu’uḍḥiya.
Un point solidement établi dans la Mudawwana, parle de la licéité de la consommation de la viande d’une bête égorgée par une femme, et la réponse est explicitement affirmative selon l’Imam Mālik,
La Mudawwana rapporte même que l’Imam Mālik, interrogé sur une femme devant égorger alors qu’un homme chrétien était présent, répondit qu’elle ne devait pas demander au chrétien de le faire, mais égorger elle-même.
Cette doctrine est appuyée par un hadith authentique. Kaʿb ibn Mālik rapporte qu’une femme égorgea une brebis avec une pierre. Le Prophète ﷺ fut interrogé à ce sujet et autorisa que l’on mange la viande. Il n’y a donc aucune raison d’affirmer qu’une femme n’aurait pas le droit d’effectuer un égorgement rituel valide.
Les 11, 12 et 13 Dhū l-Ḥijja constituent les trois ayyām al-tashrīq et possèdent le même statut général de jours consacrés à la nourriture, à la boisson et aux adorations. Le jeûne des trois jours de tashrīq est interdit en principe, sauf dans le cas particulier prévu pour certains pèlerins qui n’ont pas trouvé l’offrande requise.
Le Muwaṭṭaʾ rapporte de l’Imam Mālik que le takbīr concerne les hommes et les femmes, qu’ils soient en groupe ou seuls, et commence après la prière de Ẓuhr du jour du sacrifice pour se poursuivre jusqu’après Ṣubḥ du dernier jour des tashrīq, c’est-à-dire le 13 Dhū l-Ḥijja.
Les juristes malikites ont détaillé les conditions concernant l’espèce, l’âge et l’état physique de la bête destinée à l’uḍ’ḥiya.
Ibn Abî Zayd al-Qayrawânî expose notamment dans sa Risāla les conditions que doit remplir la bête. Elle ne doit pas présenter de défaut grave : maladie manifeste, boiterie prononcée, maigreur extrême, perte importante d’un organe ou autre défaut entrant dans les empêchements retenus par le fiqh. Les règles précises à ce sujet varient également selon qu’il s’agit d’un ovin, d’un caprin, d’un bovin ou d’un camélidé.
La viande de l’uḍ’ḥiya peut être consommée par celui qui a offert le sacrifice et sa famille, et il est également recommandé d’en faire profiter les autres, notamment par le don et l’aumône. Le sacrifice n’est pas une opération commerciale, mais constitue une qurba, un acte par lequel le croyant cherche à se rapprocher de Dieu.
C’est le sens du verset : « Ni leurs chairs ni leurs sangs n’atteindront Allah ; mais ce qui L’atteint de votre part, c’est la piété. » Qour’an, al-Ḥajj, 22:37.
L’histoire du Prophète Ibrâhîm ne célèbre ni le sang ni la mort, mais plutôt la soumission et l’obéissance à Allah. Le Prophète Ibrâhîm fut éprouvé dans ce qu’il avait de plus cher. Son fils fut lui aussi éprouvé, et tous deux acceptèrent de se soumettre sans hésitation à l’ordre divin.
Voilà pourquoi réduire l’Aïd al-Aḍḥā à l’achat d’un mouton, à son prix, à sa taille ou à l’abondance de viande ferait perdre de vue l’essentiel.
Le Qour’an nous ramène lui-même à cet essentiel : « Ni leurs chairs ni leurs sangs n’atteindront Allah ; mais ce qui L’atteint de votre part, c’est la piété. »
L’uḍ’ḥiya prend ainsi tout son sens lorsqu’elle demeure ce qu’elle doit être : un acte d’adoration, de reconnaissance, de partage et de soumission sincère à Dieu.
Références principales : Al-Muwaṭṭaʾ, Al-Mudawwana, Al-Muntaqā, Bidāyat al-Mujtahid, Al-Dhakhīra, Ḥāshiyat al-Dasūqī, Al-Risāla, Ṣaḥīḥ al-Bukhārī.